Stage de formation « Éducation à la Non-violence »
Du 23 avril au 1er mai, à Nogaret, lieu dit de la commune de Roqueredonde, un stage de formation à la non-violence a eu lieu, destiné à promouvoir l’organisation d’échanges de jeunes internationaux sur le thème de l’éducation à la paix, dans le cadre du Programme Jeunesse Européen.
L’association « Jeunesse et Non-violence », créée en 2004 pour l’organisation en France des camps de formation à la non-violence pour les jeunes, en était l’organisatrice en tant que structure d’accueil et implication logistique. Ce stage est l’aboutissement et la réalisation de 2 ans de travail et de plusieurs voyages et rencontres avec les associations partenaires d’Espagne, Israël et de Palestine.
Ces associations (Arab Educational Institute, Rabbis for Humans Rights, Paz y Trabajo, Nova et Jeunesse et Non-violence) ont une activité et un objectif commun : l’éducation à la non-violence.
Cette rencontre était avant tout une grande aventure qui a commencé par un voyage en Israël en 2004 où j’ai rencontré plusieurs organisations impliquées dans le dialogue entre les deux peuples, ensuite en 2005 c’était un rendez-vous á Bethléem, organisé par Nava Hefetz, israélienne (RHR) qui n’a pas hésité á rentrer dans les territoires palestiniens pour rencontrer Fuad Giacaman (AEI) et envisager ensemble le stage de Formation. J’ai contacté Pepe Beunza (Nova) et Santi Lopez à l’occasion des journées internationales pour la paix á Figueres en 2004 et Barcelone en 2006, j’ai été impressionnée par le témoignage de Pepe Beunza et son expérience personnelle de lutte pendant 30 ans pour le droit à l’objection de conscience par la non-violence et l’impact de son parcours sur la société espagnole d’aujourd’hui, ainsi que par la professionnalité de Santi Lopez dans son travail quotidien pour la gestion des conflits dans les entreprises.
Au niveau logistique, l’organisation était compliquée et risquée surtout pour les palestiniens et israéliens mais nous avons surmonté les difficultés avec l’effort et la bonne volonté de chacun.
Nous avons commencé le stage par redéfinir le programme ensemble et le modifier en fonction des attentes spécifiques des participants. Ensuite c’était le tour des présentations, d’abord personnelles: l’implication de chacun et les projets individuels, puis interculturelle par pays. Les participants ont beaucoup apprécié cette partie très dynamique, créative et pleine d’humour qu’ils ont organisée eux-mêmes en groupe sous forme de théâtre. Le mardi, nous avons organisé un travail par groupes de 4 avec un membre par pays où il s’agissait de préparer ensemble les activités d’un échange de jeunes et de s’accorder entre les différents besoins et attentes de chaque culture. Mardi soir, l’ensemble du groupe a improvisé une veillée interculturelle qui survenait spontanément suite aux échanges interculturels de l’après-midi. Au son de la guitare et des derboukas, chacun à son tour chantait et dansait dans sa propre langue et sa musique.
Le jeudi, nous partions à la découverte de Montpellier, nous avions loué un bus pour la journée. Une guide très sympathique organisait la visite en anglais. En premier lieu, nous sommes montés à l’Arc de triomphe, le point le plus haut de la ville depuis lequel nous avions une vue splendide par cette journée ensoleillée. Ensuite, ce fut la découverte de l’histoire de la ville à travers les monuments et les rues de l’ancienne ville. L’après-midi, certains sont partis à la plage pendant que d’autres ont préféré une balade au centre ville et parcourir les grands magasins. Le vendredi, c’était la journée des visites et des rencontres. Dés le matin, nous avons eu la visite de Catherine Amélineau et Isabelle Olivier, responsables au niveau régional et national de l’organisation des actions du programme jeunesse européen, qui nous ont donnés des explications précises sur le fonctionnement des actions internationales. Après avoir partagé quelques heures de travail ensemble à la Borie, ce fut un temps de rencontre et de partage pour découvrir la communauté, son histoire et son parcours de plus de 50 ans de vie et de lutte pour la non-violence. Les échanges furent très intenses et nous ont permis de voir à quel point nos valeurs profondes et essentielles sont proches et que le choix de la non-violence établi un lien qui dépasse nos différences culturelles et religieuses. Juste avant la tombée de la nuit, Nava, qui est femme rabbin, nous invitait à célébrer l’entrée du shabbat. La veillée fut soudain perturbée par une annonce tragique : lors d’affrontements à Bethléem le dimanche précédent était décédé un ami de Anton notre jeune formateur palestinien, ce fut un grand moment de souffrance, de colère et de doute. Que c’était-il passé vraiment ? Les sites Internet donnaient des informations contradictoires de part et d’autre, et comment savoir ce qui s’était vraiment passé ? Le ton montait entre les formateurs et certains d’entre nous se sont sentis blessés. Alors ce fut d’abord un grand silence et puis les jeunes entre eux sont restés solidaires de la souffrance de Anton, qui jeûnait et se retirait en silence pour se recueillir. Le lendemain, nos intervenants espagnols Pepe Beunza et Juan Guzman, nous racontaient leurs aventures de combat non-violent pour la reconnaissance du droit à l’objection de conscience et nous communiquaient avec force leur conviction du succès de la non-violence comme méthode pour la reconnaissance de nos droits en tant que citoyens. Le dimanche matin, lors d’un temps spirituel très intense où la cérémonie chrétienne était soutenue par les jeunes israéliens qui lurent une partie des textes, nous nous sommes unis tous dans la prière contre l’absurdité de la guerre. Anton a lu un texte en arabe pour son ami. Cette épreuve nous a ramené directement à la réalité de la souffrance et nous a mis face à l’obligation d’agir. A partir de ce moment là, c’était comme si le groupe avait scellé un pacte d’engagement pour la paix. Le bilan était sincère et parfois critique mais tous se sont engagés à continuer et à maintenir le lien.
Sylvie Cremer